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La Femme guerrière

  • Photo du rédacteur: Natacha Aubugeau
    Natacha Aubugeau
  • 30 janv.
  • 3 min de lecture

Depuis la nuit des temps, l’histoire humaine est traversée par des figures féminines combatives. Guerrières scythes décrites par Hérodote, femmes samouraïs comme Tomoe Gozen, reines stratèges telles qu’Artemis d’Halicarnasse ou Nzinga du Ndongo, amazones mythologiques évoquées dans L’Iliade, ou encore femmes berbères et touareg prenant place dans l’organisation sociale et guerrière. Ces récits — entre faits et mythes — ne sont jamais anecdotiques : ils incarnent une posture intérieure, un positionnement face au monde. Celui d’une femme qui avance malgré les obstacles, qui veille, qui protège, qui agit. Celle qui, pour survivre, n’a jamais pu se contenter d’exister.


Le monde moderne laisse croire à une progression linéaire : droits civiques, libertés acquises, reconnaissance sociale élargie. Pourtant, comme l’ont montré Michelle Perrot ou Simone de Beauvoir, cette évolution n’a jamais été uniforme ni totale. Derrière la narration officielle, persiste une continuité : la femme d’aujourd’hui porte encore la trace de cette guerrière d’antan. Elle se bat différemment, sur d’autres terrains, mais le combat demeure. Pour être légitime au travail, pour être reconnue comme experte plutôt que « aidante », pour être visible sans être sexualisée, pour être ambitieuse sans être jugée, pour être vulnérable sans être disqualifiée.


Dans de nombreuses sociétés traditionnelles, la guerrière était aussi référente — détentrice de savoirs, négociatrice, organisatrice. Les travaux d’anthropologues comme Françoise Héritier ont montré que les femmes ont longtemps exercé une influence réelle sur la cohésion du groupe, même lorsque leur pouvoir était informel. Aujourd’hui, cette fonction perdure sous d’autres formes : la femme est la ressource, la colonne vertébrale invisible, celle qui amortit les chocs émotionnels, logistiques et relationnels. Une figure valorisée symboliquement, mais rarement soutenue structurellement. Et lorsque cette guerrière contemporaine s’épuise ou dit non, on interroge sa résistance plutôt que le système.


Il existe dans cette continuité historique un paradoxe : on demande aux femmes d’être fortes mais discrètes, performantes sans déranger, présentes sans envahir. On célèbre leur ténacité tout en oubliant que cette ténacité est née d’une nécessité. On valorise leur capacité à « tout gérer », ce que les sociologues nomment désormais charge mentale, sans voir que cette polyvalence relève d’un entraînement ancestral : survivre dans des structures qui n’ont que rarement été pensées pour elles.


Ce qui change aujourd’hui, c’est la conscience et le discours. La guerrière contemporaine ne veut plus seulement survivre : elle veut choisir. Elle ne veut plus être forte par obligation, mais par possibilité. Comme le note Carol Gilligan, de nouvelles formes de leadership féminin émergent, basées sur le care, l’alliance, la relation — des ressources longtemps invisibilisées et désormais reconnues comme essentielles dans les organisations.


Pourtant, le combat n’est pas terminé. Il se niche dans l’écart salarial documenté par l’OIT, dans la sous-représentation dans les postes de direction, dans la persistance des violences ordinaires et extraordinaires, dans l’injonction permanente à être « plus » ou « mieux », dans la médicalisation des émotions des femmes, dans la sexualisation précoce des jeunes filles. La guerrière moderne doit encore lever son épée — même si l’épée a changé : elle est parfois un diplôme, un procès, un poste à responsabilité, un départ, une reconstruction, un refus, un droit revendiqué, une parole portée.


La transformation profonde aura lieu le jour où l’existence des femmes n’aura plus besoin de justification par la combativité, où la force deviendra un choix et non un prérequis. Le jour où l’on cessera de dire « femme courageuse » pour dire simplement « femme ». Car derrière la posture guerrière, il y a un être humain qui aspire aussi à la paix, au repos, à la douceur, au droit fondamental de ne pas lutter.

Entre la guerrière d’hier et la femme d’aujourd’hui, il existe des siècles de batailles visibles et invisibles — mais aussi une continuité admirable : celle d’un mouvement vital qui refuse l’effacement. Rien n’a été donné ; beaucoup a été conquis. Et c’est peut-être là la plus belle définition contemporaine de la guerrière : non pas celle qui se bat pour exister, mais celle qui insiste pour vivre pleinement.


C’est dans cette lignée que s’inscrit l’écosystème de Génération Femmes d’Entreprises (GFE) : un espace où les femmes ne sont plus contraintes d’être seules dans le combat, mais peuvent transformer leur force en réseau, leur expérience en compétence reconnue, et leur trajectoire en puissance collective.

 

 

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